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BORE-OUT : QUAND L'ENNUI AU TRAVAIL EPUISE AUTANT QUE LE BRUN-OUT

  • Photo du rédacteur: Emmanuelle Mesnard
    Emmanuelle Mesnard
  • 17 juin
  • 5 min de lecture

Il existe une fatigue que personne ne voit venir, parce qu'elle ne ressemble pas à de la fatigue. Vous arrivez le matin, vous vous installez, et vous attendez. Quelques tâches sans relief, des heures qui ne se remplissent pas, un agenda qui pourrait tenir sur une ligne. Et le soir, vous rentrez plus vidé qu'un collègue qui a couru toute la journée. Vous ne comprenez pas pourquoi : vous n'avez rien fait. C'est justement le problème.

Cette forme d'épuisement porte un nom. On l'appelle le bore-out, le syndrome de l'épuisement par l'ennui. Il reste largement méconnu, en partie parce qu'il dérange : comment se plaindre de ne pas avoir assez de travail quand tant de personnes souffrent d'en avoir trop ? Et pourtant, ses effets sont réels, parfois sévères, et ils touchent en priorité des personnes que l'on n'attendait pas.


Bore-out ennui au travail
Bore-out ennui au travail


Un véritable risque professionnel, pas un caprice

Le terme a été posé en 2007 par deux consultants suisses, Philippe Rothlin et Peter Werder, dans un ouvrage qui décrivait un mal silencieux : des salariés sous-employés, qui dissimulent leur inactivité et s'épuisent à faire semblant d'être occupés.

En France, l'INRS, l'institut public dédié à la prévention des risques professionnels, rattache aujourd'hui le bore-out aux risques psychosociaux, au même titre que le stress chronique ou le harcèlement. La logique est simple : si la surcharge de travail peut conduire au burn-out, le manque durable d'activité peut, lui, conduire au bore-out. Dans les deux cas, c'est un déséquilibre entre la personne et son travail qui finit par abîmer la santé.


Ce que le bore-out n'est pas

Il ne faut pas confondre le bore-out avec une journée calme, un moment creux, ou simplement le fait d'apprécier un travail tranquille. Le bore-out est une situation qui s'installe et qui dure. La personne n'est plus stimulée, n'utilise presque plus ses compétences, ne perçoit plus son utilité, et finit par organiser ses journées autour d'une seule chose : faire passer le temps.

Les signes sont reconnaissables une fois que l'on sait les nommer. Sur le plan émotionnel, la démotivation s'installe, accompagnée d'un sentiment de vide, d'une irritabilité diffuse et d'une confiance en soi qui s'effrite. Sur le plan mental, la concentration devient difficile, les ruminations tournent en boucle, et l'impression d'inutilité s'enracine. Le corps suit, avec une fatigue chronique paradoxale, des troubles du sommeil, une baisse d'énergie. Et dans les comportements, cela donne de la procrastination, du présentéisme (être là sans être présent), un isolement progressif et un désengagement qui s'aggrave en silence.


Pourquoi ne rien faire fait autant souffrir

C'est ici que le bore-out cesse d'être une simple question d'organisation du travail.

Un être humain n'a pas seulement besoin de repos. Il a besoin de contribuer, de se sentir utile, d'exercer ses talents et de voir l'effet de ce qu'il produit. Le travail, quand il est juste, n'est pas seulement une activité : c'est un des lieux où vous vérifiez que vous comptez.

Privez une personne de cela pendant des mois, parfois des années, et quelque chose de plus profond se met en jeu. Elle ne se dit pas seulement « mon poste est ennuyeux ». Elle commence à douter d'elle-même. Elle se demande si le problème ne vient pas d'elle. Elle perd confiance, puis elle finit parfois par croire qu'elle n'a plus grand-chose à apporter. C'est exactement ce que je décris dans mon article « Perte de sens, fatigue intérieure : quand votre corps vous dit stop ». L'épuisement ne naît alors pas d'un trop-plein, mais d'un vide : le vide de sens, le vide de stimulation, le vide de reconnaissance. C'est une usure par soustraction.



Pourquoi ce sont souvent les meilleurs qui tombent

Voilà l'aspect le plus contre-intuitif du bore-out et le plus important. Il ne frappe pas en priorité les personnes désengagées. Il frappe les personnes compétentes, curieuses, capables de s'adapter, celles qui aiment apprendre et qui ont besoin de donner du sens à ce qu'elles font. Plus une personne dispose de ressources intérieures, plus l'absence d'usage de ces ressources devient douloureuse. Un esprit qui a besoin de relief s'abîme dans le plat.

Si vous vous reconnaissez dans cette description, ce n'est donc pas un signe de fragilité. C'est souvent le signe d'un décalage entre ce que vous êtes capable d'apporter et ce que l'on vous demande réellement de donner.


Bore-out, burn-out ou brown-out : ne pas confondre

Ces trois formes d'épuisement se ressemblent dans leurs effets mais diffèrent dans leur cause.

 

Bore-out

Burn-out

Brown-out

Cause

Pas assez de travail

Trop de travail

Travail qui n'a plus de sens

Vécu

Ennui, sous-sollicitation

Surcharge, sur-sollicitation

Absurdité, conflit de valeurs

Sentiment dominant

Inutilité

Épuisement

Désengagement

 

Identifier précisément ce que vous traversez change tout, parce que la réponse n'est pas la même. On ne soigne pas un vide comme on soigne un trop-plein. Si c'est plutôt la surcharge qui vous épuise, vous trouverez des repères dans mon article « Sortir du burn-out : retrouver le sens de sa vie ».


Comment en sortir ?

Méfiez-vous des solutions miracles : il n'y en a pas. Il existe en revanche des niveaux de réponse.

Le premier est de reconnaître la situation, et de cesser de la minimiser. Tant que vous vous dites « je n'ai pas le droit de me plaindre », vous laissez l'usure faire son travail.

Le deuxième est d'agir dans le cadre professionnel : nommer la sous-charge auprès de votre responsable, demander des missions à votre mesure, identifier les compétences que vous n'utilisez plus. Parfois, cela suffit à rétablir l'équilibre.

Mais il existe un troisième niveau, et c'est souvent le vrai. Lorsque l'ennui revient quel que soit le poste, lorsque l'aménagement ne change rien au fond, c'est que la question n'est plus organisationnelle. Elle est devenue personnelle. Elle ne porte plus sur la quantité de travail, mais sur l'alignement entre ce que vous faites et ce que vous êtes. C'est tout l'enjeu d'apprendre à faire des choix et à (re)devenir acteur de sa vie.


Ce que l'ennui cherche peut-être à vous dire

Le bore-out n'est pas seulement un problème de travail. Il révèle souvent un écart entre ce que vous faites au quotidien et ce que vous seriez capable d'apporter. Et derrière l'ennui professionnel se cache parfois une question bien plus profonde, celle que peu de personnes osent se formuler clairement : suis-je encore à ma juste place ?

Cette question n'a rien de confortable, parce qu'elle ne se règle pas avec une nouvelle fiche de poste. Elle demande de revenir à soi, de comprendre ce qui s'est désaligné, de retrouver ce qui vous met réellement en mouvement. C'est précisément ce mouvement que j'explore dans mon accompagnement personnalisé Juste Place ainsi que que dans l'article « Je ne me reconnais plus : ce qui se passe vraiment quand on s'est perdu de vue ».


Et si vous mettiez des mots sur ce que vous vivez ?

Si vous vous êtes reconnu dans ces lignes, sachez que vous n'êtes pas condamné à rester dans cet état. On sort du bore-out, à condition de comprendre ce qu'il cherche à vous dire. Et pour commencer, vous n'avez pas besoin de tout changer ni de prendre une grande décision : vous avez seulement besoin d'en parler une première fois.

Je vous propose un premier échange téléphonique pour poser ce que vous traversez, comprendre d'où vient le décalage et voir, ensemble, si un accompagnement peut vous aider à retrouver votre juste place.


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